Sur les forums de randonnée, le GR20 est régulièrement décrit comme un parcours réservé aux montagnards aguerris, un sentier où chaque pas serait un danger mortel. Ces récits impressionnants, souvent rédigés sous le coup de la fatigue ou de la peur, façonnent une image déformée de la réalité du terrain. Le GR20 reste exigeant, mais la difficulté perçue en ligne dépasse largement ce que vivent la plupart des randonneurs préparés.
Le biais des témoignages extrêmes sur les forums GR20
Vous avez déjà remarqué que les retours d’expérience les plus partagés sont rarement les plus représentatifs ? Sur un forum, un randonneur qui termine le GR20 sans incident majeur poste rarement un long récit. Celui qui a souffert d’une entorse, d’un orage violent ou d’un sac trop lourd, en revanche, rédige un témoignage détaillé.
Ce mécanisme crée un échantillon biaisé. Les récits de galère accumulent les réponses et les vues. Les parcours fluides passent inaperçus. Le résultat : les forums surreprésentent les expériences négatives et donnent l’impression que le GR20 est systématiquement éprouvant.
Beaucoup de témoignages datent aussi de plusieurs années. Les conditions d’encadrement, la signalétique et l’accès aux refuges ont évolué. Un récit de galère posté il y a dix ans ne reflète plus forcément la réalité du terrain actuel.

Fréquentation du GR20 : un sentier de masse, pas un parcours d’élite
Si le GR20 était réellement aussi extrême que les forums le laissent croire, il n’attirerait pas autant de monde. Le Parc naturel régional de Corse (PNRC) a enregistré 130 000 nuitées en refuge en 2021, en hausse d’environ 25 % par rapport à 2019. En 2025, ce chiffre atteint 150 000 nuitées sur la saison mai-octobre.
Ces volumes parlent d’eux-mêmes. On ne retrouve pas 150 000 nuitées sur un itinéraire accessible uniquement aux alpinistes chevronnés. La grande majorité des randonneurs qui s’engagent sur le GR20 le terminent, souvent en adaptant leur rythme ou en choisissant de ne parcourir qu’une partie du tracé (nord ou sud).
Le profil réel des randonneurs du GR20
Les groupes Facebook et forums donnent l’impression d’une communauté de sportifs de haut niveau. Sur le terrain, le constat est différent. On croise des familles, des retraités, des randonneurs occasionnels qui ont simplement pris le temps de se préparer physiquement quelques mois avant le départ.
Le GR20 demande de l’endurance, pas de la technicité alpine. Les passages techniques existent (dalles rocheuses, chaînes sur quelques sections), mais ils restent ponctuels et bien balisés. La comparaison avec de l’alpinisme ou de la via ferrata, fréquente sur les forums, est disproportionnée.
Poids du sac et gestion de l’eau : les vrais facteurs de difficulté
La difficulté du GR20 ne vient pas tant du terrain que de la logistique personnelle. Deux éléments transforment une randonnée exigeante en calvaire : le poids du sac et la gestion de l’eau.
- Un sac trop lourd (au-delà de 12-13 kg) fatigue les articulations et rallonge chaque étape. Les randonneurs qui témoignent de souffrances intenses sur les forums portaient souvent un sac surdimensionné, chargé de nourriture pour plusieurs jours et de matériel superflu
- Les sources d’altitude peuvent baisser en plein été, surtout en août. Partir sans avoir vérifié les points d’eau auprès des gardiens de refuge, c’est s’exposer à la déshydratation et à une fatigue décuplée
- La location de tente en refuge, plutôt que le transport de sa propre tente et de son matelas, permet d’économiser facilement deux kilos sur le dos
Un sac léger et bien préparé change radicalement l’expérience du GR20. La plupart des récits de difficulté extrême sur les forums correspondent à des erreurs de préparation matérielle, pas à un sentier objectivement insurmontable.

Nord ou sud du GR20 : la fausse hiérarchie de difficulté
Un autre lieu commun des forums : la partie nord serait nettement plus difficile que la partie sud. Cette idée circule tellement qu’elle influence le choix de parcours de nombreux randonneurs, certains renonçant au nord par peur.
Des randonneurs expérimentés, habitués aux sentiers techniques de Savoie, témoignent pourtant que les deux parties présentent un niveau technique comparable. Le terrain reste raide et instable des deux côtés. Les descentes, souvent sous-estimées, sollicitent autant les genoux au sud qu’au nord.
La différence principale tient au type de paysage et à l’altitude moyenne, pas à un écart réel de technicité. Choisir entre nord et sud devrait dépendre du temps disponible et des préférences de paysage, pas d’une échelle de difficulté fantasmée.
Surtourisme et quotas : la difficulté qui ne figure pas dans les récits
Les forums décrivent longuement les passages rocheux et les dénivelés. Ils mentionnent rarement ce qui pèse le plus sur l’expérience actuelle du GR20 : la sur-fréquentation.
Le PNRC et la Fédération française de la randonnée discutent désormais de quotas d’accès à certains refuges. Des refuges dimensionnés pour 30 à 40 personnes accueillent régulièrement bien plus de randonneurs en août. Les tensions sur l’eau potable, la promiscuité et l’attente aux points de ravitaillement créent une fatigue qui n’a rien à voir avec le terrain.
Cette difficulté logistique, absente des récits héroïques, affecte pourtant directement la qualité du sommeil, la récupération et le moral. Partir en juin ou en septembre, quand la fréquentation diminue, modifie profondément le niveau de confort et, par ricochet, la perception de la difficulté physique.
Préparation physique : le seuil réel pour le GR20
Plutôt que de se demander si le GR20 est « trop dur », la question utile porte sur le niveau de préparation nécessaire. Une personne capable de marcher six à huit heures sur terrain vallonné avec un sac de dix kilos possède le fond physique suffisant pour le GR20 en format classique (environ deux semaines).
Quelques mois de randonnées régulières avec dénivelé, deux ou trois sorties longues avec le sac chargé, et un travail sur les descentes techniques suffisent à aborder le sentier sereinement. Le GR20 n’exige ni course à pied intensive, ni entraînement de type trail.
La difficulté du GR20 est réelle, mais elle est calibrée pour des randonneurs motivés et préparés, pas pour des athlètes. Les forums amplifient les difficultés parce qu’ils captent les récits les plus marquants, pas les plus fréquents. Un sac allégé, une période de départ hors pic estival et quelques mois de préparation physique placent ce trek à la portée d’un public bien plus large que ce que les discussions en ligne laissent croire.