Nyiragongo volcan : comprendre la menace qui plane sur Goma

Le volcan Nyiragongo se dresse à une vingtaine de kilomètres au nord de Goma, grande ville de l’est de la République démocratique du Congo. Cette proximité n’est pas un détail : elle fait du Nyiragongo l’un des volcans les plus dangereux du monde, non pas parce qu’il est le plus puissant, mais parce qu’une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants vit littéralement à son pied. Comprendre ce volcan, c’est comprendre pourquoi cette menace ne disparaît jamais vraiment.

Ce qui rend le Nyiragongo différent des autres volcans

Imaginez une cheminée géante remplie de lave liquide en permanence. C’est à peu près ce qu’est le Nyiragongo : il abrite dans son cratère un lac de lave, une nappe de roche fondue maintenue à très haute température en continu. La plupart des volcans ne produisent de la lave qu’au moment d’une éruption. Lui en contient presque en permanence.

Ce lac de lave a une particularité qui alarme les géologues. La lave du Nyiragongo est dite très fluide : elle contient peu de silice, ce qui la rend nettement moins visqueuse que la lave d’autres volcans. En clair, elle coule très vite. Lors de l’éruption de 2002, des coulées ont atteint Goma en quelques heures, ne laissant que peu de temps aux habitants pour fuir.

Le volcan se situe sur le Rift est-africain, une zone où les plaques tectoniques s’écartent lentement. Cette activité géologique alimente le magma et explique pourquoi le Nyiragongo reste actif depuis très longtemps.

Des volcanologues congolais analysent des données sismiques dans un poste de surveillance du volcan Nyiragongo près de Goma

Goma face au risque volcanique : une ville construite sur la lave

Goma a littéralement été bâtie sur d’anciennes coulées de lave. Le sol noir et irrégulier que l’on voit dans certains quartiers en est la trace directe. Cela donne une idée de la fréquence des éruptions passées dans cette région.

L’éruption de mai 2021 illustre bien la nature du danger. Des fissures se sont ouvertes sur les flancs du volcan dans la nuit, et des coulées de lave ont progressé vers la ville. L’une d’elles s’est immobilisée dans les faubourgs nord-est de Goma, à quelques centaines de mètres des premières habitations. Au moins 34 personnes ont perdu la vie, et entre 900 et 2 500 habitations ont été détruites selon les sources disponibles dans le contexte de cet article.

Les autorités ont ordonné l’évacuation de près de 400 000 habitants. Cette décision massive montre à quel point le scénario catastrophe reste toujours possible, même quand la coulée finit par s’arrêter.

  • La vitesse des coulées est le premier danger : la lave très fluide du Nyiragongo peut descendre les pentes en quelques heures, réduisant drastiquement le temps d’évacuation disponible.
  • L’ouverture de fissures latérales représente une menace supplémentaire : l’éruption ne se produit pas forcément par le sommet, mais peut surgir sur les flancs, beaucoup plus près de la ville.
  • Les secousses sismiques accompagnent souvent l’activité volcanique et peuvent endommager les infrastructures avant même que la lave n’atteigne les quartiers habités.

L’éruption limnique du lac Kivu : le danger invisible

Avez-vous déjà ouvert une bouteille de soda fortement secouée ? Le gaz comprimé se libère brutalement. Le lac Kivu, qui borde Goma au sud, fonctionne selon un principe voisin, et c’est ce que les scientifiques appellent une possible éruption limnique.

Le lac Kivu est un lac profond situé dans une zone volcanique active. Sur des millénaires, des gaz, notamment du dioxyde de carbone et du méthane, se sont dissous dans ses eaux profondes sous l’effet de la pression. Ces gaz restent stables tant que rien ne vient perturber l’équilibre. Mais une éruption volcanique, des séismes importants ou une déstabilisation du fond du lac pourraient provoquer une remontée brutale de ces gaz vers la surface.

Un tel phénomène, s’il se produisait, libèrerait un nuage de gaz toxiques au ras de l’eau et au niveau du sol, là où les gens vivent et respirent. Les gaz plus lourds que l’air descendent dans les creux, envahissent les maisons et les rues avant que quiconque comprenne ce qui se passe. Goma est construite en partie en bordure directe du lac.

Cette menace est distincte des coulées de lave. Elle n’est pas inévitable, mais elle existe, et elle constitue ce que certains experts appellent une véritable bombe à retardement géologique.

Surveiller le Nyiragongo : un défi permanent

La surveillance d’un volcan comme le Nyiragongo ne repose pas sur un seul instrument. Des mesures sismiques, des observations thermiques par satellite et des relevés de terrain doivent être combinés pour interpréter correctement l’activité du volcan. Aucune de ces méthodes, prise seule, ne suffit à prédire une éruption avec fiabilité.

L’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG) est chargé de ce suivi au quotidien. Son travail est rendu difficile par des conditions particulièrement contraignantes : le terrain volcanique est accidenté, l’accès aux stations de mesure peut être interrompu, et la région de l’est du Congo est touchée depuis des décennies par des conflits armés qui compliquent le travail des équipes scientifiques sur le terrain.

Des chercheurs ont documenté les restrictions d’accès aux sites de mesure comme un obstacle majeur à la collecte de données fiables sur les volcans des Virunga, dont fait partie le Nyiragongo. Autrement dit, l’évaluation du risque volcanique dépend aussi de la sécurité des équipes scientifiques, pas seulement de la technologie disponible.

Le Global Volcanism Program signale un regain d’activité du lac de lave à partir de 2024, ce qui rappelle que la surveillance doit rester continue, même en l’absence d’éruption visible depuis la ville.

Pourquoi Goma continue de vivre sous ce risque

La question se pose naturellement : pourquoi des centaines de milliers de personnes choisissent-elles de vivre aussi près d’un volcan aussi actif ? La réponse est à la fois économique, historique et humaine. Goma est un carrefour commercial important de l’est du Congo, une ville dynamique malgré les crises à répétition. Les habitants qui ont tout reconstruit après 2002, puis après 2021, ne l’ont pas fait par ignorance du danger.

Les témoignages recueillis dans le documentaire produit par l’Africa Museum de Bruxelles montrent des familles conscientes du risque, attachées à leur ville et à leur terre, qui reconstruisent encore et encore. Cette résilience ne minimise pas la menace : elle rappelle que le risque volcanique ne se gère pas seulement avec des instruments de mesure, mais aussi avec des systèmes d’alerte précoce adaptés aux réalités locales, des plans d’évacuation connus de tous et des ressources pour les mettre en oeuvre.

Le Nyiragongo ne disparaîtra pas. La ville de Goma non plus. Ce que l’on peut améliorer, c’est la capacité à anticiper, à alerter et à agir avant que la lave n’atteigne les rues.

D'autres articles

Découvrez le parking de la vallée des Traouïero : votre point de départ pour l’aventure

La Vallée des Traouïéro, un joyau naturel niché entre Perros-Guirec et Trégastel,…

Découvrez la liste des mots en espagnol commençant par v à connaître

Le langage est un véritable trésor. Dans le cadre de l'apprentissage de…

Voyager un mois en Nouvelle-Zélande avec un budget serré : astuces pratiques

Rêver d'un road trip d'un mois en Nouvelle-Zélande avec un budget limité…